On entend tout et son contraire : « Le web va être noyé par l’IA », « 90 % du contenu sera généré automatiquement », « l’humain ne sert plus à rien »… Et pourtant, quand on se penche sérieusement sur les faits, une autre réalité émerge : le web n’est pas (encore) un monde artificiel. Et il vaut mieux qu’il ne le devienne jamais totalement.
Entre exagérations anxiogènes, études approximatives et IA slop à foison, il est temps de faire le point : où en est vraiment le web en 2025 ? Et que peut-on faire pour qu’il reste un espace vivant, humain et crédible ?
Le web 100 % IA ? Une illusion (pour l’instant)
Rappelez-vous : en 2022, Europol publiait une prévision qui a fait le tour du monde. Selon eux, 90 % du contenu du web serait généré par l’IA d’ici 2026. Effet de buzz garanti. Mais en réalité ? Ce chiffre ne reposait pas sur une mesure précise, mais sur une projection. Et comme souvent avec les prédictions, la réalité est bien plus nuancée. En 2025, les indicateurs sérieux placent la part de contenu purement IA entre 2 % et 20 % selon les sources. En clair : la majorité des contenus est toujours humaine ou hybride, c’est-à-dire le fruit d’une collaboration entre humains et machines. D’ailleurs, parler d’un web « IA vs humain » n’a plus beaucoup de sens. Aujourd’hui, un bon article peut être écrit à quatre mains : l’auteur pense, rédige, et se fait parfois aider d’un outil d’IA pour reformuler, structurer ou synthétiser. On ne parle pas d’un remplacement, mais d’un partenariat.
L’IA slop : l’autre problème (bien réel)
Mais il y a un domaine où l’IA s’est installée en masse, et c’est un vrai sujet : les contenus générés à la chaîne, sans âme ni valeur ajoutée. Ce que certains appellent le “AI slop” — littéralement, de la bouillie artificielle. Sur YouTube, TikTok, ou même Facebook, on voit fleurir des vidéos absurdes, des récits générés à la va-vite avec des voix synthétiques, des images improbables (oui, Jésus en crevette, c’est arrivé), et une avalanche de contenus vides poussés par l’algorithme. Le problème, ce n’est pas tant que l’IA produise du contenu — c’est qu’elle le fasse sans filtre, sans regard critique, sans authenticité. Et cette overdose de contenu creux dégrade la qualité de l’expérience web : on scrolle, on sature, on décroche.
Et voici l’ironie de l’histoire : si le web devient trop synthétique, même l’IA finira par perdre pied. Les modèles comme GPT, Claude ou Gemini ont besoin d’apprendre à partir de données humaines : conversations réelles, textes signés, expériences vécues, articles bien rédigés. Si ces contenus deviennent minoritaires, l’IA finit par apprendre à partir… de ce qu’elle a elle-même généré. C’est ce qu’on appelle le model collapse. Une sorte de boucle auto-alimentée où les modèles tournent en rond, perdent en finesse, en nuance, en pertinence. Un web où tout se copie, se reformule et s’épuise dans une infinité de déclinaisons stériles. Autrement dit : un web qui s’éteint doucement.
L’humain, toujours vital pour l’IA… et pour nous tous
C’est pourquoi il devient essentiel de défendre le contenu humain. Pas par nostalgie, mais par nécessité. Nous avons besoin d’articles qui sentent le vécu. De tutoriels rédigés par des pros qui savent de quoi ils parlent. De coups de gueule, de récits, de conseils personnalisés. De ces petites imperfections qui prouvent qu’un cerveau et un cœur sont passés par là. Et l’IA aussi en a besoin ! Parce qu’un web 100 % recyclé, c’est un web sans fraîcheur, sans surprise, sans progrès. Alors oui, continuons à écrire. À raconter. À expliquer. À publier des contenus utiles, drôles, bien faits. À signer nos textes avec fierté. C’est ainsi que le web gardera sa richesse, sa diversité, et son intérêt.
Le web n’est pas (encore) devenu entièrement synthétique. Mais il glisse doucement vers un équilibre instable. À nous de l’empêcher de basculer.
Et si le futur du web, ce n’était pas un combat entre IA et humain, mais une collaboration intelligente entre les deux ? Un web où l’humain garde la voix, la vision et la véracité, et où l’IA joue le rôle de copilote — jamais de pilote automatique.
Parce qu’au fond, ce qui nous touche, ce qui nous marque, ce qui nous informe vraiment… c’est toujours un point de vue humain. Et ça, aucune machine ne pourra jamais nous le voler.




